Aventure : Quoi de neuf docteur?
De l’imminent départ des deux infirmières de l’école résulte une surcharge de travail pour les volontaires toujours dévoués à la KSV. Je m’inclus dans ce lot! J
Depuis plusieurs mois, un des enfants d’une famille d’ouvriers logeant à l’école est malade. De quoi souffre ce ‘sweet heart’ âgé d’à peine un an? Diagnostic à ce jour : infection respiratoire. Son état étant visiblement critique, je fus en charge d’accompagner père et fils au ‘Children hospital’. Mes fonctions : comprendre ce dont souffre l’enfant, acheter les médicaments prescrits et collecter la totalité des factures que je me chargerai de régler.
Je me présente tel que convenu à midi moins dix à la maison de l’ouvrier. Un bout de papier à la main, un plan tracé sur le coin d’une table, constitue l’unique indice en ma possession servant à m’indiquer ma destination. En chemin vers le ‘bus stand’, la femme de l’ouvrier portant un autre de ses enfants dans ses bras se joint à nous. Mes responsabilités s’accroissent : je dois maintenant guider toute une famille! Suite à deux heures et vingt minutes d’attente, j’aperçois les reflets bleus et blancs de notre seule possibilité de quitter le village : l’autobus # 1424 de Kalkeri.
Une fois en ville, je demande mon chemin à 4-5 personnes et je parviens sans trop de difficultés à conduire la famille à bon port. Je l’enregistre et nous sommes rapidement reçus par le médecin. L’école est un bon client. Prochaines démarches : une multitude de petites fioles à acheter et des radiographies à passer. L’enfant doit recevoir des injections par intraveineuses. Les règles de l’hôpital sont strictes : seuls les infirmières et les préposés peuvent être présents lors de ce traitement. Le père complètement effrayé n’accepte pas cette procédure. Il serre son enfant contre lui et résolu, il se dirige à grand pas vers la sortie. Je négocie à force de gestes et de mimiques avec le personnel de l’institution afin qu’il permette à celui-ci de demeurer avec son fils. On m’accorde cette réclamation. Á peine entré dans la salle, l’ouvrier en ressort emportant son garçon loin de toutes ces femmes vêtues de vert qui lui veulent du mal. Aïe!
Incapable de communiquer avec le travailleur autrement que par signes et pensant que le manque d’informations est la source de sa frayeur, je lui répète comme une litanie le mot ‘doctor’ dans le but de l’inciter à retourner voir ce dernier. Deuxième visite! Le médecin lui explique donc le fonctionnement d’une intraveineuse ainsi que les effets qu’engendreront les injections sur l’état de santé de son fils. L’expression de l’ouvrier exprime toujours une crainte profonde : il veut s’en aller. Le médecin s’adresse à moi et il m’informe dans un anglais approximatif qu’il n’a pas de temps à perdre et qu’il ne garanti pas la vie de l’enfant si celui-ci ne reçoit aucun traitement.
J’amène donc toute la famille à la rencontre d’autres enfants malades afin qu’elle puisse constater que les injections ne représentent aucun danger. Elle peut aussi par la même occasion bavarder avec les différents parents. Rien n’y fait. Regardant l’enfant brûlant de fièvre dont l’état est léthargique, je ne peux pas me résoudre à tourner le dos et à le ramener à l’école. Je pars donc à la recherche de la seule autre personne à l’exception du médecin qui balbutie l’anglais : le radiologiste. Ce dernier, compréhensif, vient pour la seconde fois rencontrer la petite famille. Celle-ci est totalement en larmes. Le deuxième enfant concourre avec le premier dans une compétition de cris et de pleurs. Des discussions vivent s’en suivent, mais heureusement elles portent leurs fruits. Père et mère toujours trop apeurés, c’est à moi qu’ils confient la tâche de tenir l’enfant lors des injections. Eux attendent à l’extérieur.
Une fois cette étape terminée, nous nous dirigeons vers l’endroit où sont installés les masques à oxygène. C’est le dernier soin. J’ai les oreilles écorchées par les pleurs et je suis épuisée en raison des efforts de compréhension que j’ai eu à déployer. Il est 18h15, et je saisi dans la déblatération dont m’assomme les femmes en vert que l’enfant doit demeurer environ deux jours à l’hôpital sous observation. Après quelques téléphones lors desquels je réclame de l’aide, Avinash (le comptable de l’école) vient me rejoindre. Enfin un traducteur! Il rassure la famille tout en s’occupant qu’on achemine à celle-ci couvertures et menus objets nécessaires à cette nuit forcée. Je quitte en moto avec lui (Yahoo! Ce que je peux adorer ça…et ce que je peux me faire regarder!) en me disant : ‘Bien que les liens familiaux divergents (par exemple, les femmes et les enfants sont souvent battus), la peur de perdre un enfant est-elle commune?
Malheureusement, la réponse m’est apparue trop rapidement : je réponds par la négative. Une réalité difficile à affronter pour un cœur sensible est pourtant présente : certains enfants sont vendus par leurs parents. Il y a un petit garçon à l’école dont le père a échangé le grand frère contre une somme d’argent servant à lui procurer un liquide ambré utile à apaiser les gorges sèches et à engorger les foies. Les roupies ($) disparaissant au rythme de chaque gorgée, la bourse devient rapidement aussi à sec que l’était précédemment la gorge. Le père du jeune garçon n’a donc qu’un seul désir : le récupérer dans l’optique d’assouvir sa soif. Et nous que pouvons-nous faire? Nous sommes impuissants. Je voudrais être la goutte d’eau ajoutée au verre : j’aimerais représenter la différence. Permettre à quelqu’un de le percevoir à moitié plein plutôt qu’à moitié vide. Espoir. Seulement, dans un cas comme celui-ci, mon impact est comparable à la goutte qui s’ajoute à l’océan. Imperceptible.
Apprentissage du moment : Le changement naît d’une volonté commune.

6 Comments:
cricri,
pourquoi avoir attendu à l'extrême pour que l'enfant reçoive des soins? mais quelles sont les priorités de cette école ?
vous semblez faire peu avec peu mais peut-être pourriez-vous faire plus en faisant différamment?
je te conseille de faire attention aux moisisures.
ouf!
allo cricri,
bravo et encore bravo !
1er bravo = tu as fait le max pour la survie de cet enfant. Ton coeur s'est joint à ta tête et cela doit vraiment être difficile de constater que les valeurs sont bien différentes des tiennes.
2eme bravo = tu as su reconnaître et respecter tes limites et demander de l'aide.
et j'en ajoute un autre pour ton courage et ton audace.
tu es épatante
prends soin de toi
meman.
Ha mon Dieu!!!!
C'est fou sérieux ton histoire, tu sais comment les enfants sont importants pour moi, j'espere vraiment que le tit bout va s'en sortir et le pire c'est que surment que y'en a plein d'autres a qui ca arrive et qui n'en survive pas. Au moins y'en aura un grace a toi qui sera la. Dieu que c'est pas facile de comprendre comment les réalités sont différentes d'un pays a l'autre!
Lache pas Tchoupetta;)
MDN
xxx
Allo Marie
Ouf toute une aventure qeu tu vis la... je te trouve tres courageuse.. et je suis bien fiere de toi.. tu es epatante.. tu as su ben dealer avec le probleme..
Continue ma grande..
Lache pas ;)
Oh My God!
J'en ai presque une boule dans la gorge à t'imaginer là avec toute cette gamme d'émotions. Cette expérience a certainement été très difficile pour la famille et pour toi. La persévérance qu'on te connait à su l'emporter sur les embuches.
C'est dans les pires moments que l'homme est à son meilleur.
Cuidate
xXx
Coucou Cricri!
je saurai toujours épater de ta façon de voir la vie, de la vivre, de la ressentir et surtout de l'exprimer aux autres. Tu es vraiment une fille aux valeurs fortes et tant soit merveilleuses. Tu réussis toujours à t'adapter, agissant toujours selon tes convictions. Ta tête est forte, non pas que tu n'as pas de coeur (loin de là!), mais tu sais lequel tu dois laisser prendre les cornes...Quand est-ce que je t'ai vu fâhcée??? Aussi loin que je peux retourner dans mes souvenirs : jamais! Tu m'impressionnes. Nous on se fait chier dès qu'un petit quelquechose nous dérange chez une autre personne. Arrête de faire des rots! Mange la bouche fermée! Écris-moi plus souvent! Plein de petits déplaisirs qui prennent des proportions trop immensenses ici, dans une société où vivre est si facile. Franchement, je crois que vivre dans les conditions que tu vis, très peu de gens pourraient le faire, ils deviendraient fous après une journée.
Amene moi au dome, là où ne se trouvent que les gens qui ont tout espéré.
Même si le soleil brille pas fow dans ton coin de pays, chaque sourire est un rayon de soleil.
Garde ton sourire, il éclaire encore plus que le soleil.
Le Cowboy de l'ouest.
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