Semaine 5 : Brousse
Les documents de 3 pouces d’épaisseur sont bien jolis rangés avec soin sur une étagère ou jetés pêle-mêle sur un coin de bureau. Pourtant tout ce beau papier noirci aussi bien rédigé soit-il ne permet pas de s’approprier complètement une programmation aussi étoffée que celle de SUCO. C’est pourquoi cette semaine, je l’ai consacrée à visiter le terrain.
L’atelier de la semaine portait sur l’étude de faisabilité du premier projet retenu par les villageois. Dans les cas à examiner, il s’agissait de matériels agricoles. Une journée entière fut consacrée à l’élaboration et à la bonification de la fiche technique de l’atelier. Les agents de terrain, responsables de villages définis, doivent s’assurer de bien maîtriser le contenu de l’animation afin que ce dernier soit le plus homogène possible. Le second jour, je suis partie avec toute l’équipe assistée à l’atelier pilote. Celui-ci est animé par un agent d’expérience et permet aux nouveaux de visualiser en temps réel l’application de la fiche technique d’une manière empirique. Les villageois nous avaient réservé tout un accueil : danse, musique et chants. Il a fallu que je démontre le plaisir que je ressentais à être parmi eux et pour se faire j’ai eu à me dandiner devant tous avec les femmes. Danse que je ne connaissais pas, mais dont je me suis sortie sans trop de mal selon l’opinion des spectateurs. Spectateurs présents au nombre de 200 et qui dans un atelier successif ira jusqu’à 400! Première qualité d’une coopérante en développement : être extravertie!
Comme les villages sont difficilement accessibles, le moyen de transport à privilégier est la moto. Nous intervenons dans la commune de Zantiébougou située près de Bougouni. La route principale est goudronnée, mais dès que nous pénétrons à l’intérieur des terres nous sommes en pleine brousse! Tellement qu’avec le soleil de plomb, le ciel bleu, le sable rouge et la végétation encore verdoyante, il ne manquerait plus que le roi de la jungle surgisse d’un bond sur le chemin et je serais définitivement partie prenante à un safari. Pendant la balade, la splendeur des champs de coton me coupe le souffle. Bien sûr, je ne conduis pas. Je me laisse conduire! Nous parcourons ainsi plusieurs kilomètres sur lesquels il n’y a pas âme d’un panneau indicateur. Les chemins se divisent comme autant d’affluents à un fleuve et je perds tout sens de l’orientation. Arrivée à bon port, c’est souvent avec quelques difficultés que je mets pieds à terre. Mon joli postérieur meurtri par les secousses me cri sa douleur et pour le soulager je ne peux que marcher un peu espérant que la beauté de la promenade engourdisse son mal.
J’ai donc observé le déroulement de trois ateliers animés dans trois villages différents et à chaque fois c’est une nouvelle découverte. Bien que la structure soit similaire, la présence du chef du village, celle des anciens, celle des jeunes, celles des femmes est plus ou moins forte selon l’endroit. Il y avait même un village où le porte-parole du chef ne cessait pas de se lever et de répondre incessamment à toutes affirmations faites par l’animateur. Ne serait-ce que pour dire : « oui ». Comportement qui m’a littéralement mis les nerfs à fleur de peau, je fulminais de l’envie de lui dire que si la parole est d’argent, le silence quant à lui est d’or! Ils fonctionnent bien par proverbes ici, non?!
Côté vie privée, ce que je n’ai pas, je ne relaxe pas beaucoup. Je me suis mise au jogging. Moi qui déteste courir sans avoir un but, je me suis faite une raison : ma fille tu cours ou tu te ramollis à rester assise à faire la causerie un thé à la main. Comme il fait encore chaud pendant la journée, j’attends généralement les 20h pour aller dépenser toute cette énergie emmagasinée à rester bien sage devant mon ordinateur. Je pars généralement avec un chandail à manches courtes alors que mon gardien préféré surnommé « Danger » grelotte dans son coton ouaté bien caché sous son capuchon. Il doit faire encore un minimum de 20 degrés!
Apprentissage du moment : Levez la tête vers les étoiles qui illuminent la noirceur de la nuit, portez votre regard sur le fruit trop mur qui pend à la branche d’un arbre, arrêtez devant les acrobaties d’un papillon et peut-être que vous pourrez dire que vous avez vécu quelques instants.

6 Comments:
Salut Marie
Qu'est-ce que je donnerais pour avoir un 20 degrés à Mtl en ce moment... Malheureusement, je dois me contenter de 3 degrés pour faire du vélo! Je te souhaite bon courage pour la suite de ton mandat, je suis fier de toi, comme beaucoup d'autres! Lâche pas!
Princess
Ma fille,
Étonnante est la douceur des mots qui s'échappent sur ton papier. Tu confectionnes les mots et les ajustes avec la dimension de ton coeur. J'ai un plaisir exquis de te lire. Le tapis d'étoiles fascine ton âme, le fruit de l'arbre t'enracine à la beauté de tes gestes portés et le papillon te parle de liberté et de vie. Un spectacle qui a lieu à tes instants d'évasion et a pour lieu: ton coeur aimant.
Dans la musique de tes mots voici ceux-ci pour t'accompagner dans ce beau parcours de ta vie:
«Le bien-être de ces mots qui vont nous toucher
et aller droit au cœur.
Partager certains mots avec une personne
de choix est un moment si exquis que
le bonheur vient frôler notre âme…»
Garde cette belle fraîcheur !
ton père x
Ahhhhhhh c'est tellement beau... J'ai l'impression et d'y être et que je vais verser une larmette: t'écris vraiment trop bien! Bon, moi j'suis pas vraiment une poète, ma description de la splendeur qu'est notre QC City chérie ne t'émouveras donc pas autant, mais tu sais ce que c'est de renouer avec ses anciens amours!!! Pleins de bisous, Ju xxxxx
allo Cricri,
Comme tu dis si bien, le papier noirçi de mots est une chose mais la présence sur le terrain toute autre, t'as bien raison c'est dans l'action qu'on apprend le plus.
Jogging jogging en t-shirt! ici c'est du patin à glace avec un foulard sur le nez que j'envisage comme exercice! mais question d'être !empathique = pauvre petit derrière ,hihi.
Comme tu es grande!
momxxx
Je crois effectivement que l'on ne prend pas assez le temps de profiter de la beauté des banalités de notre quotidien. Il est clair que ton quotidien n'a rien de banal comparé au notre, mais il a quand même une multitude de belles choses que l'on ne remarque pas quand on ne prend pas le temps de s'arrêter...
Le soleil qui s'étend sur la ville, une mare d'eau gelée, des enfants qui courent à l'école, et même une simple tasse de café fidèle au rendez-vous chaque matin!
Merci Marie de nous rappeler de prendre le temps de vivre.
xXx
Honneur aux lecteurs!
Le silence est d'or et je ne répéterai pas tous les commentaires des autres! Je tiens simplement à dire félicitations à tous ceux qui prennent le temps de lire ce blog et d'y écrire des commentaires. Votre présence est source d'énergie pour Cricri!
Vous êtes les plus meilleurs!
Jo Lo
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