Semaine 7 : Aïe!
Certes je ne vis pas dans le clocher d’une église en plein cœur de Paris, mais la Terre est une surface bien petite et pendant quelques temps le bureau de Bougouni se transforma à mes yeux en une cathédrale. Mon premier réveil de la semaine fut douloureux. Sous mon aisselle gauche je pouvais sentir des renflements sensibles au toucher. Quel est le moustique assez stupide pour me piquer à un tel endroit? Mauvais diagnostic. Je l’appris à mes dépends la nuit suivante : forte fièvre accompagnée d’un mal insupportable. Je me levai très tôt le lendemain et avant même de commencer la journée, je suis allée trouver un responsable pour lui dire : « Je pense qu’il serait favorable que j’aille consulter un médecin. »
En moins de 10 minutes, j’ai les deux pieds dans un centre de santé. L’endroit n’a aucun charme rassurant et par extension j’attribue cette impression à celui qui est présentement entrain de me demander mon âge, mon lieu de résidence, mon occupation… Où est la sortie de secours? Encore une fois, je ressens cruellement le manque d’intimité. Au Mali les problèmes des uns deviennent naturellement les problèmes des autres. Les amis proches et les membres de la famille interviennent régulièrement dans les histoires de couple, dans l’éducation des enfants ou dans tout autres domaines qui pour nous, occidentaux, relèvent de la vie privée. À l’opposé, un ami qui s’abstient de mettre son grain de sel est jugé ici comme ayant manquer à son devoir. Je me trouve donc assise dans une pièce dont la porte est fermée, mais dont la fenêtre est grande ouverte. Tout ce que je peux raconter peut être entendu et cela sans aucun effort de concentration par celui ou celle qui paisiblement attend son tour dans la salle adjacente.
Il est rassurant d’avoir la conviction que quelqu’un viendra te réveiller un matin où tu ne t’es pas levé, de savoir qu’aux moindres symptômes de malaise quelqu’un prendra soin de toi, mais il est aussi très pénible de ne pas pouvoir être seule. Aussitôt que je suis tombée malade, j’ai reçu la visite de tout mon entourage. « Meilleure santé! » Telle est la bénédiction que je recevais de chacun. Cependant, j’avais de la misère à me supporter moi-même alors je ne vous dis pas la tolérance que j’ai essayé de démontrer envers les autres. « La sainte paix…vous connaissez?! »
Je ne ressens ni honte ni gêne à vous dire qu’à mon retour de la clinique j’ai fondu en larmes. Larmes d’épuisement, larmes de douleur, larmes d’inquiétude. Les gens me dirent de sécher ces larmes et de me montrer forte. Qu’est-ce qu’être forte? Pour eux le fait que je pleure signifiait qu’ils n’avaient pas eu un bon comportement envers moi. Ils prenaient ma peine pour la leur. Toujours ce besoin de partage. Il n’est donc pas bien perçu d’exprimer une telle émotion en public. D’ailleurs les femmes n’ont souvent pas le droit d’émettre le moindre son à l’accouchement. Soyez fortes! De mon point de vue, c’est une faiblesse de dissimuler nos états d’âme. Être forte est être capable d’assumer nos sentiments, de les afficher et d’en discuter. C’est également un soulagement de se laisser aller et cela procure un apaisement. C’est sain. Ni l’un ni l’autre nous avons tord, ni l’un ni l’autre nous avons raison. Comprendre l’un et l’autre est ce qu’il y a de plus difficile.
Mes maux étaient causés non pas par un, mais par une série de furoncles. J’en avais déjà vu plusieurs l’été dernier chez les enfants en Inde, seulement j’ignorais qu’ils en existaient différents types. Je me retrouvai avec un bout de papier à la main me donnant l’autorisation d’acheter des antibiotiques. Direction la pharmacie. Munie de mes gélules rouges et jaunes, je regagnai mon lit pour le reste de la journée. La semaine fut exemptée de sommeil, le mal progressait. Le plus gros de mes furoncles atteignit la dimension d’une balle de ping-pong.
Malgré cet handicap, je suis parvenue à mener à terme la journée de réflexion avec les agents du bureau quant à la stratégie à adopter pour le recensement des besoins de formation des femmes villageoises. J’ai d’ailleurs reçu une bonne collaboration et je suis bien satisfaite de ce qui en a résulté. Le reste du travail fut mis quelque peu de côté. Mes visites sur le terrain annulées, le repos occupa tout mon temps. Je me sentais coupable d’être si peu productive, je voulais accomplir mon travail. Pourquoi toujours un tel besoin de performance?
Ce n’est que vendredi en soirée que le premier furoncle se vida et j’affirme ne jamais avoir vu quelque chose de plus dégoûtant sortir de mon corps. Beurk! Liquide beige mêlé de sang épais et visqueux…de quoi couper l’appétit de quiconque. Enfin, je me sentis un peu mieux.
Apprentissage du moment : Il faut souffrir pour être belle.

4 Comments:
Allo Marie Christine,
alors le bobo guérit! t'as bien fait d'user du pouvoir libérateur par les larmes. Certes il n'est pas évident d'adopter une mentalité complètement différente, mais tu ne peux tout de même pas tout refouler et puis verser quelques larmes aident à décongestionner...tu pourrais peut-être leur proposer comme traitement médical! Que tout le monde se mêle de tout, pas facile pour l'intimité mais peut aussi être vu comme l'implication des membre d'une famille à laquelle tu est considérée comme incluse. C'est l'individualisme qui éloigne les gens les uns des autres.Tu sais répondre à tes besoins alors tu dénicheras surement éventuellement une petite cachette pour toi -même.
Et "fuck" la culpabilité t'as pris soin de toi et c'est ce qui est le plus important. D'autant plus que tu sais très bien que tu vas te rattraper!
à +
bisousss
mom
Salut Chica!
Fidèle à ton habitude, on peut ajouter une autre aventure au livre déjà bien remplis des aléats de ta santé en voyage :)
Mais jusqu'à aujourd'hui aucune d'entre-elles n'est venue à bout de la battayeuse que tu es.
Prends grand soin de ce petit brin de femme, au sourire ravageur que j'aime tant.
xXx
Chère Marie,
Je suis totalement en accord avec ta mère: Exprimer sa peine, sa douleur quoi de plus humain non !
Ton corps dans sa révolte a fait bondir non seulement le dégoût de la vision de furoncles mais aussi ton goût à la vision de ce monde qui t'entoure et te supporte malgré leur croyance et conviction.
Si tes pieds ne furent pas exempts de ces tourments, ton écriture danse à leur place. À cette pensée, voici la suite de la sonate des mots:
« La musique des mots vient faire danser mon être tout entier. Je me sers de tous les mots que je connais pour faire du bien ».
Continue de prendre soin de tes maux aussi bien que tu prends soin de tes mots.
Papa xxx
Cricrinette! Ne souffre pas!
J'aimerais bien te donner quelque partie que ce soit de mon système immunitaire pour te renforcir, mais là tu devrais assumer une grave conséquence : pogner des «grippes d'homme». La vie est une suite de choix, certains plus déchirants! lol
À lire ton dicton (il faut souffrir pour être belle), suite à tes troubles de santé récurents lors de tes multiples voyages, tu as probablement atteint la beauté parfaite d'une Barbie! lol Tu es ma petite Lois Barbie dorénavant!
Amicalement,
GI-Jo
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