samedi, janvier 06, 2007

Semaine 11 : Tabaski

Dessine-moi un mouton

Ho! Ho! Ho! Le lundi 25 décembre, j’ai pris congé! Suite aux émotions octroyées par le sacrifice des pintades et la nuit de veille, un bon repos était mérité. Je n’ai malheureusement pas été dans la possibilité de laisser le verre de lait et les biscuits traditionnels au Père-Noël. Cependant, comme il n’y a pas de cheminée dans le bureau, il aurait bien été dans tous les cas incapable de me visiter! Ce jour de Noël était le signal de départ pour quelques-uns de mes meilleurs amis. Chacun devait rentrer en famille en vue de la nouvelle année en lassant Bougouni derrière et en tournant le regard vers d’autres coins de leur pays natal. Certains m’ont même offert de les accompagner, mais ne prenant pas de vacances mon emploi du temps ne me permettait pas un tel déplacement. Je passai donc la journée à aller saluer les uns et les autres, leur souhaitant bonne route et mes meilleurs vœux.

Dès le lendemain, je me remis au boulot. L’avantage des vacances était que le bureau était vide et par conséquent très calme. Environnement propice à la concentration et à la productivité! Par contre, je fus vite détrompée… Je croyais pouvoir profiter d’une petite semaine de tranquillité et d’intimité et voilà que nous ne sommes même pas le milieu de la semaine que le jeune frère du patron débarque et s’installe dans la chambre juxtaposée à la mienne. Cette pièce sert principalement à entreposer les motos pendant la nuit et à accueillir les visiteurs qui viennent en mission ici pour quelques jours. Voyant la majorité de mes amis contribuer au phénomène d’exode de Bougouni, je n’avais pas pensé que certains chefs de famille demeuraient permanemment dans ce gros village et que si quelques-uns quittaient, quelques-uns arrivaient! Bonjour la visite!

Le reste de la semaine se déroula dans la simplicité quotidienne. À chaque jour qui nous rapprochait du 30 décembre, je sentais l’atmosphère devenir plus joyeuse et plus électrique. Les gens se préparaient pour la fête! Au Mali, il y a deux fêtes principales pendant l’année : le ramadan et la tabaski. Cette dernière se célèbre suite à une période de temps bien précise écoulée depuis la fin du ramadan. Le tout est toujours bien surveillé par le fameux « comité d’observation national de la lune ». Qu’est-ce que nous faisons en cette occasion? Nous mangeons du mouton!

Pourquoi du mouton? Il était une fois…un brave homme très vertueux et très pieux. Il était engagé vers Allâh et il lui vouait une dévotion sans reproche. Cet homme portait le nom d’Abraham. Un jour, Allâh voulant vérifier la loyauté de son serviteur lui adressa une requête : «Abraham, montre-moi ta fidélité en sacrifiant l’un de tes fils en mon nom. » Abraham n’hésita pas un instant. Il prépara le nécessaire pour entamer le rituel. Au moment où il allongeait son fils sur le sol, que sa main tenant le couteau prêt à trancher la gorge de celui qui devait mourir en l’honneur du Dieu se resserrait sur le manche, Allâh lui envoya le prophète Mahomet chargé de ce message : « Abraham, ne tues pas ton enfant, regarde plutôt derrière-toi ». En se retournant, la première chose que vit le brave homme fut un mouton. Il le sacrifia donc à la place de son fils. Aujourd’hui, ce jour du mouton est célébré en l’honneur d’Abraham et pour ce faire chaque chef de famille qui en possède les moyens sacrifie un mouton pour les membres de sa maisonnée.

Je me levai tôt en ce jour de tabaski pour accompagner mon homonyme, Yaye la mère de mon patron, à la prière de 9h. Pour l’occasion, je me transformai en véritable Malienne : j’abhorrai le boubou (tunique traditionnelle) et le voile. Je ne compris rien de la cérémonie qui se déroula en plein air en face de la mosquée, mais j’adoptai le comportement de tous et un chacun; je me levai, me mis à genoux, posai mon front sur le sol, me redressai, prononçai « Amina » et recommençai. Le tout pied nu devant mon petit tapis de prières. Spectacle étrange de voir des centaines d’hommes en rang d’oignons bouger à l’unisson suivi par des rangs de femmes adoptant les mêmes comportements. Tout le monde dans ses plus beaux atours, et prêts à célébrer.

De retour en famille, il était venu le temps de sacrifier les moutons. Nous en avions deux à égorger et si j’ai observé la scène, je la trouvai difficile à vivre. J’ai eu les jambes molles pendant quelques instants. Ce fut un vrai cours de biologie 101! Par la suite, les femmes se mettaient à la cuisine et cela pour toute la journée. Je fus responsable de faire les brochettes et je pense m’en être tirée sans trop de peine. J’ai pendant toute la journée manger du foie de mouton, des cuisses de mouton, des côtes de mouton…j’avais le ventre qui voulait exploser. Le soir, nous avons mangé du vermicelle et par la suite on eu plaisir à me dire que je venais de manger de la cervelle de mouton! Quelle horreur! Pourtant, je dois dire que j’ai trouvé ce plat excellent. L’image qui m’est venue en tête est celle de Hannibal dans le film « Le silence des agneaux » qui fait déguster à sa victime son propre cerveau…j’en avais des frissons.

À 22h, je quittai la famille en compagnie de deux frères du patron et d’un des gardiens du bureau pour me rendre au « centre ville » assister à un spectacle donné par une griote, type de chanteuse malienne. Je n’aime pas du tout ce chant qui à mes oreilles sonne comme des cris nasillards, mais je vis l’expérience du pays jusqu’au bout! Même au prix d’une ouïe écorchée!

Après une journée si bien remplie, je n’avais pas beaucoup d’attentes pour le 31 décembre et le passage de la nouvelle année. Mes amis étant toujours à l’extérieur de la ville, je me demandais bien comment ma soirée allait être occupée. Finalement, je ne fus point déçue. Encore une fois, c’était sans compter sur la chaleur malienne! Je partis vers le restaurant/bar le plus près de chez moi rendre visite à quelques connaissances dont un ami qui était revenu de son village le jour même. Après une bière et une agréable causerie, nous sommes partis en boîte. Le premier plancher de danse que je foulais depuis mon arrivée à Bougouni!!! Quelle joie! Je n’ai accordé aucune importance au fait que je ne connaissais nullement les danses et c’est sans retenu que je me défoulai véritablement. D’ailleurs, les gens m’ont même complimenté sur ma façon de danser, paraît-il que je sais très bien bouger mon postérieur! Venant d’Africains qui ont du rythme jusqu’à dans les ongles d’orteils, ce fut un compliment de marque.

Complètement exténuée, je suis rentrée à la maison vers les 4h du matin le sourire aux lèvres. Les « vieux » que nous étions, mes amis étant âgés autour de la trentaine, avaient littéralement écrasé la petite jeunesse qui était allée à la rencontre de Morphée beaucoup plus tôt que nous. Mais il n’était pas encore l’heure de dormir…Hep! Le Québec, où êtes-vous?! Mes amis les plus proches faisant le party ensemble, j’ai pu via une webcam discuté avec tous et un chacun. D’ailleurs, je ne me senti pas en reste puisqu’un de mes meilleurs amis et hôte de la soirée avait pris soin de coller à l’avant de son t-shirt une belle photo de ma binette afin que je partage tout ces instants avec eux! Vers les 5h (donc minuit au Québec), je les poussai tous et c’est en tête à tête avec Stéphane que j’ai célébré ce passage vers 2007. Une fois de plus, que demander de mieux?! Bonne année Yaye!
Apprentissage du moment: Loin des yeux, près du coeur.

6 Comments:

Anonymous Anonyme said...

C'est toujours avec joie que je te lis.

Ce fut un pure plaisir de passer vers la nouvelle année en ta compagnie et je souhaite que celle-ci soit remplis de bonheur pour nous et nos proches.

Besos!

10:59 a.m.  
Blogger Geneviève said...

Bonne année Marie!!!

Je t'envie d'avoir eu l'occasion de vivre la Tabaski. Au Sénégal, j'en ai beaucoup entendu parlé, mais suis partie trop vite!

Je vois que tu as traversé le temps des fêtes sans trop de mélancolie, tant mieux! Bon courage pour la suite, tu rentres quand?

Je débute demain le MBA! J'en suis à la fois contente et nerveuse!

Continue de vivre au maximum ces belles aventures et de te laisser imprégner de toute cette différence!

Je te suis d'ici!
Bises
Gen
xxx

6:32 a.m.  
Anonymous Anonyme said...

allo Marie Christine,
hé bien ! dis donc vraiment spécial ce que tu as vécu à la Tabaski, et lorsque je repense à la description que tu m'as fait par téléphone je comprends que tu as eu les jambes molles...et tu t'es quand même régalée !C'est quelque chose que tu acceptes de t'immerger non seulement dans les us et coutumes mais aussi dans la vision de leur religion. Tout ce que tu vis!
Tes amis de Qc sont toujours là,pas de distance pour l'amitié vrai et le coeur...
Pas trop de crampes dans les mollets après t'avoir fais aller sur la piste!
Le temps file ma grande, je te sens bien et je trouve ça beau ce que tu te permets de vivre.
à +
mamouxxxx

4:04 p.m.  
Anonymous Anonyme said...

Bonjour Marie,

Il est juste de dire que le Tabaski est un rituel que certains n'ont toujours pas su trouver un mode moins cruel. Comme tu le constates, je suis quelque peu chatouilleux avec ce type de rituel. Pour moi, c'est le sacrifice d'une bête point à la ligne. Mais enfin, je constate également que tu n'as pas été seule et que tu t'es bien amusé.

Si tu dis si bien : " Loin des yeux, près du coeur ", j'espère bien que j'aurai cette merveilleuse occasion de voir de très près tes yeux mais que ton coeur ne s'éloigne pas pour autant de ton père.

J'ai très hâte de ton retour.

Papa xxx

6:41 a.m.  
Anonymous Anonyme said...

salut Yaye,

C'est toujours un plaisir de te lire, d'avoir de tes nouvelles, d'entrevoir ce que tu vis...

Pour ma part, je suis revenu a Ulaval, j'ai rencontré quelques nouveaux membres de ADIAH. Ils ont tous l'air très sympathiques, je vais bien m'entendre avec eux. Je vus gab dans le cours de GRH interculturel dans sa version améliorée, on le refait. Moi j'y vais juste en tant qu'étudiant libre. Ca va etre vraiment mieux.

Bientot c'est moi qui va repartir, je regardes tranquillement les possibilités de stage...

Laches pas,
take care

jr

8:07 p.m.  
Anonymous Anonyme said...

illo Yaye,
continue de bien agiter tes tresses
au rythme de tes fesses
et continue de nous écrire assidument
pour que près de nous ton coeur soit présent

(c'est presqu'un joli poeme!)

Superman

6:31 a.m.  

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