jeudi, janvier 18, 2007

Semaine 13 : Repos

Deux nécessités : manger et dormir

En cette semaine, le bureau fut une fois de plus envahi par une mission en provenance de Bamako. Le directeur même de SUCO-Mali ainsi que le responsable à la formation débarquèrent à Bougouni afin de mener une réflexion et d’élaborer un plan d’action quant à la problématique que je vous ai exposée la semaine dernière. Lors des réunions, je constate encore une fois la dominance de l’homme et le pouvoir accordé à celui-ci en fonction de sa position hiérarchique. Certes tous sont invités à participer et à prendre la parole, mais ce qu’il en ressort, ce qui est retenu n’est ni plus ni moins ce que le patron a décidé. J’ai eu droit à un beau discourt sur la concertation, que j’ai avalé avec un sourire intérieur, face à ma faible participation verbale. À quoi ça sert de dire ce que nous pensons lorsque personne n’écoute véritablement? Et davantage lorsque ton interlocuteur est persuadé qu’il fait de l’écoute active et qu’aucune faute ne lui incombe?

J’ai profité de la présence du responsable de la formation pour lui faire part de la première ébauche de la fiche d’atelier relative au recensement des besoins de formation des femmes que j’avais rédigée pendant la période des Fêtes. J’ai respecté le canevas type, seule la stratégie est différente. En raison du manque de temps, je n’ai qu’une seule journée pour mener l’atelier à terme, j’ai supprimé quelques étapes que je juge « optionnelles » et j’ai condensé la mise en commun que nous devons obligatoirement faire avec les villageois à la fin de la journée dans l'optique de leur restituer une partie de l’analyse. Commentaire: mon travail est très bien et je dois poursuivre dans cette voie. En fait, il était tellement bien qu’au lieu du questionnaire habituel que l’équipe était entrain d’élaborer pendant une réunion, il a décidé de changer l’approche du tout au tout et de faire une réplique de mon travail en l’adoptant bien sûr aux circonstances! Disons qu’ici une seule question d’investigation était nécessaire et que les groupes de discussion seraient divisés ainsi : les adultes avec les anciens, les femmes et les jeunes. Comme plus de 500 villageois seraient présents, la présence de trois animateurs par groupe s’avéra adéquate.

Disons que suite à cette décision mon sourire intérieur s’élargit quelque peu… Cette réalité, je suis certaine que vous la vivez aussi dans votre quotidien : inspirer une personne de position hiérarchique supérieure qui se mérite le travail certes, mais qui ne souligne pas votre rôle de muse! Personnellement, je n’en ai point été affectée et même qu’au contraire je suis plutôt contente que l’équipe ait opté pour une telle stratégie. Cela a permis aux agents de développement local de s’initier à la méthode du groupe focalisé et d’un autre côté cela m’a permis de noter quelques constats et d’apporter les modifications en découlant dans mon propre travail. Il y a une marge nette entre les deux ateliers, mais la façon de faire est très similaire.

Après ces trois journées de travail épuisantes, j’étais à ramasser à la petite cuillère. De nouveaux furoncles avaient fait leur apparition et la reprise d’antibiotiques a eu pour effet immédiat de me jeter littéralement par terre. Je suis donc rentrer à Bamako avec la mission question cette fois d’aller consulter un « vrai » médecin. Dès le lendemain matin me voilà au rendez-vous prête à rencontrer le médecin référé par l’ambassade canadienne. Enfin! Une personne compétente! Devinez où cette Malienne a étudié? À Montréal! Je me suis immédiatement sentie en confiance et le stress qui commençait à prendre le dessus baissa d’un cran. De cette rencontre ressorti, mis à part une facture de 75$ canadien pour la consultation, un traitement cutané et une interdiction formelle de reprendre une quelconque dose de médicaments. Je pense qu’elle se demandait comment je faisais pour me tenir encore debout…24 jours d’antibiotiques sur une période de un mois et demi.

Autre consigne à respecter; il me fallait du repos. Ma superviseur chez qui j’habite généralement étant encore au Canada, je fus logée pendant quelques temps chez une autre coopérante qui m’a accueilli à bras ouverts. Pendant deux jours, je n’ai fait que dormir et écouter des films. De toute façon, je me sentais bien trop épuisée pour entreprendre une activité plus éreintante.

Mon besoin prioritaire était surtout de me sentir « seule ». Cela peut paraître peut-être étrange, mais ces dernières semaines non seulement j’avais autour de moi deux ou trois gardiens accompagnés des femmes qu’ils courtisent, mais j’avais aussi le frère de mon patron, le patron lui-même, les agents de développement local, l’adjointe administrative, les supervisuers en alphabétisation, un technicien en agriculture, le stagiaire et à ce nombre j’ajoute les deux personnes venues en mission, un nombre effarant de personnes venues saluer ces derniers, le chauffeur de la mission, les voisins d’en face et les amis qui passent me dire bonjour, bref je me sentais étouffer. Je travaille et je vis au bureau, je ne parvenais plus à tracer la ligne qui limite l’un de l’autre en plus de me sentir brimée dans mon autonomie. Où vas-tu? Avec qui étais-tu? À quelle heure rentres-tu? Que fais-tu? Laissez-moi respirer. Je ne suis pas un animal en cage à qui on lance des cacahouètes et dont on observe le comportement en mâchonnant le bout d’un crayon.

Apprentissage du moment : C’est bien vrai que derrière chaque grand homme, il y a une femme!

3 Comments:

Anonymous Anonyme said...

Allô Yaye !!!

Alors, on a envie de jeter son dard de Scorpion sur tes " garde du corps ". Je te comprends, un peu d'intimité ne fait pas de tort. Ta santé fait des siennes un fois de plus ? Tu prends soin de toi bravo et poursuis ta route intérieure qui à mon humble avis et qui rejoint celle de certains, te demande de ralentir et de te reposer. J'espère que dans ton repos, tu n'as pas écouté des films documentaires sur l'urgence de venir en aide aux pays en développement !! Ça serait plutôt une "continuité" qu'un temps d'arrêt !!!

Prends soin de toi donc !

Ton père xxx

8:04 a.m.  
Anonymous Anonyme said...

Allo Tiloune,
Alors tu as fais l'apprentissage que la signature non seulement des autorisations mais aussi des réussites revient au patron!Tu as su te déguiser en renard et en rire, tu te connais, Quoi que par ton non verbal tu as sans doute communiqué qques commentaires hihi!
J'aime ton allusion à la muse...
Fais référence à notre placotage de la semaine passée, ma grande, et l'énergie va revenir. Dis moi est-ce que ton compagnon, minus, le lézard héberge lui aussi encore chez-toi?
respire ma belle!
Aline

6:13 p.m.  
Anonymous Anonyme said...

Hola!

Le patron étant de retour les choses semble bouger un peu plus. C'est motivant non?

Je trouve vraiment intéressant ton explication de l'interaction avec ton patron. On voit très bien qu'on ne change pas les moeurs des gens, on les observe, tente de les comprendre et on s'y intègre parfois, ajoutant ainsi le grain de sel qui peut faire tourner la balance.

Ne lâche pas! On voit déjà ta contribution qui porte fruit.

Besos
xXx

Pensée du moment: Derrière(à côté, devant et où bon te semblera) "ton" grand homme, il y a toujours une place chaude pour la chica de son coeur.

7:36 p.m.  

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