Semaine 14 : En ville
Toujours à Bamako, je me rendis en ce lundi matin pour un deuxième rendez-vous chez le médecin. Je me sentais mieux, les effets des multiples petites pilules commençaient à se dissiper. Voulant quand même ne prendre aucun risque, je me suis soumise à un examen sanguin complet. Suite à ce dernier, je peux vous assurer que j’ai le meilleur sang qui soit. De la première qualité! J’en ai été rassurée et mes collègues de travail également. J’ai eu un problème de santé très courant dans la région. Dans l’immédiat, j’ai deux connaissances de nationalité malienne qui en sont affectées. Les furoncles ne sont donc pas une rareté. Imaginez si jamais j’avais été sérieusement malade…stop! Vaut mieux ne pas y penser! J’ai tiré ma leçon de cette expérience : dès que je ne me sens pas en parfaite santé, je prends mes clic et mes clac vers Bamako.
C’est la saison froide et par conséquent celle des moustiques… « On entendait dans le temps des claps tout le temps, c’était de ces vampires qui venaient de mourir » Ceux et celles qui ont participé à des camps de vacances reconnaîtront peut-être la chanson! Période des maringouins, périodes à vouloir se terrer sous sa moustiquaire, période où le « bbbbzzzz » est un son constant à l’oreille, période qui pendant ma semaine à Bamako m’a rendue complètement folle. Je pensais que les moustiques préféraient la nature. Erreur! L’insalubrité de la grande ville les attire davantage. Je leur ai voué une guerre sans merci dont je n’ai aucune idée du vainqueur au final: ai-je plus de piqûres que de cadavres à mon actif? La lutte fut sans nul doute très chaude. La moindre petite parcelle de peau exposée au danger que représentent ces malotrus luisait des trois couches de crème « supposée » les repousser. La maison enfumée de la brûlure de l’encens ainsi que de l’odeur des « poush-poush en canette » n’améliorèrent guère la situation. Sans compter que ces derniers nuisent à l’environnement…vraiment je devais sortir le drapeau blanc en signe de trêve et de paix. Le risque de contracter la malaria est donc très élevé en ce moment. D’ailleurs le coopérant avec lequel je suis partie en octobre dernier est présentement bien installé sur un lit d’hôpital à recevoir les deux perfusions quotidiennes servant à éradiquer le paludisme de son système sanguin. Souhaitons lui « Meilleure santé ! ».
Étant prévoyante, j’avais en ma possession mon ordinateur portable avec moi. Compagnon fidèle, il m’a permis de travailler dans les bureaux de Bamako. J’avais à terminer mes documents servant à la formation en genre et développement prévue pour la semaine suivante. Ce fut ensuite la course à l’imprimerie, mais bien sûr tout fut prêt au moment de l’échéance. Mon cœur a bien bondit quelques fois dans ma poitrine quand pour la première fois j’ai feuilleté le fruit de plusieurs heures de travail. Enfin du concret! Il ne me restait plus qu’à m’assurer de mon appropriation du contenu.
La semaine fut décisive. J’ai réellement une incapacité à demeurer inactive. Inactive dans le moment présent, mais je n’arrive pas non plus à me percevoir inactive dans les mois à venir. Je ne reviens que dans quelques mois, mais je pense déjà au retour…que vais-je faire de mes dix doigts? J’hésitais entre deux choix : le travail ou les études. Finalement, le second l’a emporté, j’aspire à me remettre le nez dans mes livres pour encore une période de deux ans et demi. La date limite pour le dépôt des candidatures pour l’admission au 2e cycle étant le 1er février prochain, je devais me réveiller et entrer dans l’action. J’ai donc passé une bonne partie de mon temps à écrire à droite et à gauche pour obtenir des renseignements. Les communications ne sont pas toujours faciles!
À la fin de la semaine, je rentrai à la maison : Bougouni. Prête, pas prête, je devais me lancer. À mon retour, je trouvai les gardiens au même endroit que lorsque je les avais quitté plus d’une dizaine de jours auparavant. Ils s’adonnaient à la même activité : les courses de chevaux. Ici les gens ne vont pas au dépanneur du coin acheter leur 10$ de grateux et leur panoplie de 6/49, ils mises sur les courses. Le jeu est d’ailleurs un grave problème de la société. Signe de pauvreté. Les hommes et les femmes s’adonnent à cette loterie en croyant dur comme fer qu’elle sera leur salue. Pratiquement à chaque jour, les gens achètent leurs billets en espérant que demain sera meilleur. Notez l’emploie du pluriel dans le nombre de billets achetés. Certains joueurs occupent la majorité de leur journée à évaluer les résultats des courses des années antérieures, à les comparer aux récents résultats, à discuter des chances d’un cheval. Bref, à se convaincre eux-mêmes que cette fois-ci se sera la bonne. Je m’arrête à l’un et lui demande quelle est sa stratégie pour miser, il m’explique tout un système de positions et de colonnes. Je m’arrête à l’autre, je lui adresse la même interrogation, il me montre des calculs impossibles. Chiffres et techniques vident de sens. Stratégies de désespoir ou d’espoir?
Apprentissage du moment : En se collant le nez à la vitre nous parvenons seulement à faire de la buer, c’est en prenant un peu de recul qu’il nous ait possible d’admirer ce qui se trouve de l’autre côté.

2 Comments:
Hola Yaye!
Je vois que les mouches ne sont pas venues à bout de toi, ni les aléas de ta santé d'ailleurs.
Continue à foncer comme tu le fais si bien et les obstacles sur ta route tomberont comme des mouches :P
Chico
xXx
allo Yaye,
Hé bien ! dis donc, la saison froide à 24* pas si pire, les moustiques sont de la parties je comprends pourquoi, nous, elles nous cotoient en juillet! T'as du livrer tout un combat... Tu commences à voir l'application concrète de ton travail,j'espère que tu en es fière.
Je suis étonnée que même là - bas les gens misent le peu qu'ils ont!
Cela doit être difficile pour eux de croire que leur condition de vie peut s'améliorer à force d'investissement et de travail car le résultat est à long terme. Alors je dirais que c'est vous qui apportez un peu d'espoir face à leur désespoir.
Aline
Publier un commentaire
<< Home